Auteur/autrice : BBM

  • Généalogie descendante de la famille de Jeanne d’ARC, un véritable sac de noeuds…

    Généalogie descendante de la famille de Jeanne d’ARC, un véritable sac de noeuds…

    Nombreuses sont les familles qui se revendiquent de la descendance de la
    famille de Jeanne d’ARC. Des généalogistes ont souvent démonté
    partiellement les généalogies proposées. Ils ont même parfois mis en
    doute la légitimité de ces familles. Pour ma part, je pense réellement
    que toutes ces familles descendent bien de la famille de Jeanne d’ARC
    pour les raisons suivantes :

    1/ Les généalogies relatives à des ascendances illustres peuvent parfois
    présenter des inexactitudes mais elles partent souvent d’une vérité
    première. Ce qui brouille les pistes de l’établissement de l’ascendance
    précise, c’est le fait que la famille revendicatrice a toujours tendance
    à vouloir se rapprocher plus que de raison de la personne illustre : un
    « oncle à la mode de Bretagne » devient vite (dans une transmission
    souvent orale de la généalogie) un « oncle » (et parfois même un « père »),
    un « cousin issu de germain » devient vite un « cousin germain », etc …
    Ces erreurs ou approximations sont humaines mais elles sont
    malheureusement à l’origine d’erreurs généalogiques qui perdurent
    ensuite pendant des siècles.

    2/ Attention à la présomption de certains généalogistes qui ont parfois
    trop vite fait de démonter une généalogie par la trouvaille un acte
    isolé. Ils peuvent parfois se tromper en en tirant des conclusions
    hâtives. En effet, tous les actes de cette époque lointaine doivent être
    remis dans leur contexte. Les héritages, par exemple, étaient
    particulièrement complexes et le fait, sur un acte isolé, de ne pas
    retrouver une personne parmi les héritiers ne signifie pas forcément la
    non descendance de cette personne (peut-être y-a-t-il eut d’autres actes
    non retrouvés dans lesquels cette personne était héritière d’une autre
    partie du patrimoine).

    Source : Heroina nobilissima Joanna d’Arc Lotharinga
    vulgo Aurelianensis Puella, 

    par Jean HORDAL, 1612

    En ce qui me concerne, je pense que la généalogie exacte de la famille
    de Jeanne d’ARC est difficile à établir pour les raisons suivantes :

    1/ Il est difficile de retrouver beaucoup d’actes officiels des 15ème et 16ème siècles relatifs à la famille de Jeanne d’ARC. 

    Tout généalogiste ayant goûté au plaisir des recherches généalogiques
    dans les archives et sa multitude d’actes notariés le sait : il est très
    difficile d’établir une généalogie exacte si le nombre d’actes est
    restreint. En effet, les couples avaient, à l’époque, beaucoup d’enfants
    et, le nombre de prénoms usuels étant limité, le nombre d’homonymes
    proliférait !!!! D’où, rapidement, des erreurs d’aiguillages au niveau
    des généalogies ascendantes et descendantes.

    2/ Les descendants étaient souvent issus d’alliances multiples par
    des femmes descendant de la famille d’ARC et cherchaient à le cacher au
    maximum.

    Réflexe bien compréhensible, certains descendants de la famille de
    Jeanne voulaient cacher au maximum le fait que cette descendance s’était
    établie par les femmes (cela faisait beaucoup plus « classe » d’être
    descendant en ligne masculine).

    Pour illustrer ce propos, l’exemple de mon ancêtre Jean I HORDAL du LYS est un véritable cas d’école.

    Initialement, au milieu du 16ème siècle, il est avocat à Toulouse et se
    prénomme « Jean GEORGE ». A son arrivée en Lorraine, en 1587, il se
    prénomme « Jean GEORGE dit HORDAL ». Lors de son anoblissement, en 1596,
    il se prénomme « Jean HORDAL ». Et enfin, à la fin de sa vie, il se
    prénomme « Jean HORDAL du LYS ». Quel joli tour de passe-passe en une
    vingtaine d’années seulement !!!

    Et, afin de pousuivre l’oeuvre familiale, deux de ses fils feront totalement disparaitre le nom HORDAL :

    – Pierre, abbé commendataire des trois épis, qui est nommé « Pierre DU LYS » dans différents documents officiels

    – Charles, conseiller d’Etat,  qui est nommé « Charles DULIS, escuyer, lieutenant en la terre et seigneurie de Gorze ».

    Là, il n’y a plus aucune trace des familles initiales « GEORGE » et
    « HORDAL ». On les croirait tout droit sortis directement de la lignée
    masculine d’un des frères de Jeanne d’ARC …

    Jean I HORDAL, voulant effacer toutes ces alliances par les femmes, a
    tenté d’approximer au maximum son ascendance. Dans l’enquête
    d’anoblissement de 1596, sa généalogie est plutôt vague (Enquête relative à l’anoblissement de Jean I Hordal, 1596). Dans les lettres d’anoblissement de 1596, il n’apparait aucune information généalogique (Lettres d’anoblissement de Jean I Hordal, 1596). Bref, dans tous ces documents officiels, rien ne précise que c’est sa mère qui est une HORDAL et non son père.

    Un autre descendant de la famille d’ARC, Claude du LYS, attaque frontalement Jean I HORDAL sur ces faits dans une lettre (Lettre n°1 de Claude du Lys à Charles du Lys, 1609). Il reconnait que Jean I HORDAL est issu d’alliances avec la famille d’ARC du LYS mais il précise :

    « Plusieurs personnes dans le pays ont souhaité de se faire croire
    descendans de ceste maison, entre autres M. Hordal, professeur de droit
    en l’université du Pont-à­-Mousson, et ce Jehan Royer duquel votre
    mé­moire fait mention. Mais ce n’a esté que par l’al­liance qu’ils ont
    eue en la famille, en laquelle ne restoit plus de masles, synon un mien
    frère aisné, marié en Lorraine, à la fille du lieutenant des gardes de
    Son Altesse, et moy, qui me suis habitué au lieu de Vaucouleur. »

    Ses propos sont clairs : il n’apprécie pas le fait que Jean I HORDAL et
    ses enfants se fassent nommés « DU LYS » avec, de plus, la reprise des
    armoiries familiales.

    Grâce à Charles du LYS (avocat général de la Cour des Aides, autre
    descendant présumé), qui a tout d’abord voulu évincer les Hordal de la
    descendance de la famille de Jeanne d’ARC, Jean I HORDAL doit se
    dévoiler un peu plus. En effet, dans une lettre, il demande à Charles du
    LYS de préciser les informations suivantes dans son mémoire (Lettre n°3 de Jean I Hordal à Charles du Lys, 1611) :

    « que du mariage du dict Pierre d’Arc, contracte à Buré proche de
    Vaucouleurs, il y auroit eu une fille nommée Hauvy qui auroit esté
    mariée à Estienne Hordal, duquel mariage sont issus ceux qui en Lorraine
    se sont appelés Hordal, ou sont extraits de femmes portant le nom de
    Hordal »

    La dernière phrase nous éclaire déjà un peu sur l’ascendance de Jean I HORDAL (« extraits de femmes portant le nom de HORDAL »).

    Enfin, dans la dernière version de l’opuscule de Charles du LYS (éditée en 1612), la vérité généalogique transparait :

    « mais de Valtrin HORDAL, est descendu, par Nicole HORDAL, maistre Jean HORDAL, vivant aujourd’huy, docteur ès-droicts et professeur ordinaire ».

    Jean I GEORGE dit HORDAL est donc le fils de Nicole HORDAL. Son père
    serait donc un certain N. GEORGE, probablement roturier, d’où le besoin
    d’anoblissement de Jean I HORDAL en 1596.

    3/ Certaines familles descendant de la famille d’ARC prirent le nom « du LYS » à la place de leur nom d’origine. 

    Lorsqu’une alliance
    avec une nouvelle famille s’établissait, soit cette nouvelle famille
    conservait son nom d’origine, soit elle ajoutait le surnom « du LYS » à leur nom afin
    de garder une trace de cette ascendance prestigieuse, soit elle prenait
    carrément le nom « du LYS » et ne laissait alors aucune trace de son nom
    d’origine. Cette particularité est a l’origine de nombreuses confusions
    et incertitudes du point de vue de l’établissement de la généalogie de
    la famille d’ARC.

    Par exemple, concernant Claude
    du LYS, « noble homme demeurant audict Dompremy-sur-Meuse » en 1502, les généalogistes ont cru, en premier lieu, qu’il était un
    descendant en ligne masculine de Jacques d’ARC du LYS. Or, un document
    (Enquête à Vaucouleurs et Domremy, 1551) démontre que Claude du LYS descend de Jacques d’ARC en
    ligne féminine :  

    « Avoir lecit Jehan DALY, père dudict Claude DALY, prins
    le surnom DALY à cause de ladicte Jehanne sa femme pour jouir et user
    des privilèges et tiltres de noblesse concédés à ladicte Jehanne La
    Pucelle pour les actes vertueux par elle faits au royaume de France »
    .

    Cette enquête de 1551 a permis d’éclairer enfin les propos de l’enquête de 1502 (Enquête relative à la succession de Jehan du Lys, dit de la Pucelle, 1502) :

    « Noble homme Claude du Lys, demeurant audict Domp­remy-sur-Meuse, aagé
    d’environ cinquante ans, a dict, affirmé et attesté sur sa loiaulté et
    conscience que en son jeusne aaige, peut avoir environ vingt-quatre ans,
    demoura avec ledict feu Pierre du Lys, oncle à sa mère et fille de
    Jacques du Lys, grand-père dudict attestant
    , au lieu de Luminart, près
    Orléans, environ le temps et es­paices de cinq ans ».

    De cette enquête de 1502, certains généalogistes avaient conclu trop
    hâtivement que Claude du LYS était le fruit d’un mariage consanguin
    (cousins germains ou oncle-nièce d’ARC du LYS).

    4/ Les nombreux homonymes ont semé la confusion dans la généalogie.

    A l’époque, seuls quelques prénoms étaient utilisés (Pierre, Jean,
    Jacques, …). Et plusieurs fils vivants pouvaient avoir le même prénom :
    on les différenciait par des surnoms (« l’aîné », « le jeune », …). Très
    rapidement, on ne s’y retrouve plus. Tout généalogiste ayant effectué
    des recherches à partir d’actes notariés le sait : seule la multiplicité
    des actes, et, en complément, des raisonnements logiques bien « prise de
    tête », permettent de reconstituer la généalogie avec exactitude. Ce
    problème d’homonymie est à l’origine des nombreuses confusions et
    erreurs liées à la généalogie de la famille de Jeanne d’ARC (surtout
    concernant les premiers degrés).

    Dans les prochains articles, je tenterai de développer ma vision
    personnelle de la généalogie descendante de la famille de Jeanne d’ARC à
    partir de tous les documents que j’ai pu accumuler depuis une dizaine
    d’années …